20160328_Marseille son reve 160047Je me souviens de la liberté, de l’égalité et de la fraternité

Depuis mon retour au Québec, j’ai la tête qui bourdonne de rires et de discussions animées autour de mon livre Mort-Terrain. J’ai encore le cœur en décalage horaire, chargé d’amour et d’humanité. Un périple hexagonal de 4000 kilomètres, véritable tour de Gaule, où chaque étape était l’occasion de goûter les spécialités gastronomiques et viticoles locales. Poulet de Bresse, vin du Jura, fromage comté, Châteauneuf-du-Pape, petit jaune à Marseille, je n’ai jamais autant mangé de ma vie. Et parlé… Les Français ont érigé le repas en art de vivre, où la langue s’active à la fois pour goûter et pour parler.

En tant que natif du Nouveau Monde, ce qui frappe d’abord en France, c’est le poids de l’histoire à travers l’architecture des châteaux, des cathédrales et des monuments. On a beau dire, les vieilles pierres, ça le fait. Mais sans les gens qui les habitent, les réchauffent et les illuminent, les vieilles pierres ne seraient qu’un assemblage de roches froides et moussues.

J’ai souvenir d’un souper (vous diriez dîner) aux chandelles dans le somptueux château de Maffliers. Une trentaine de convives échangeaient avec ferveur à propos de Julien, le personnage de Mort-Terrain. À ce moment, Julien n’était plus un personnage issu de mon imaginaire, mais un ami que je défendais. Jamais la littérature ne m’est apparue si réelle.

Laval 105 élèves du lycée RéaumurEn écrivant Mort-Terrain, jamais je n’aurais imaginé que ce roman très québéco-québécois, perdu dans un village fictif au nord de l’Amérique, puisse intéresser des Français. Je n’ai fait aucun compromis stylistique ou thématique pour plaire au plus grand nombre. Et pourtant, lycéens, adultes et aînés de toutes provenances et de toutes conditions m’ont posé mille questions sur le Québec et les Premières Nations.

FC Tavaux cercle lecture féminin 59 personnes 20160322_154530Au cours de ce voyage, la France m’est apparue étrangement familière. Comme un utérus identitaire. Comme la maison des grands-parents où l’on a passé ses étés d’enfance. Il est bien fini le temps de la colonie complexée et vexée par l’abandon d’une mère patrie ingrate et arrogante. La relation France-Québec est aujourd’hui libérée des avatars de l’histoire, égalitaire et fraternelle. Plus que jamais, je me souviens de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Au Québec, on se fait souvent dire par les conquis contents qu’il faut se mettre à l’anglais pour s’ouvrir au monde. J’ai passé près d’un mois en France à donner le goût du Québec. Jamais je n’ai senti les Français aussi ouverts et curieux à propos de mon pays. Vous avez bien raison, mon coin d’Amérique est un nouveau monde plein de promesses. Mais malgré la brume passagère qui la recouvre, ne perdez jamais de vue la grandeur de la France; c’est un pays important, peuplé de gens qui l’ignorent. La République est une idée généreuse et juste, qui mérite d’être aimée et défendue.

Que tous ceux et celles qui ont rendu monpériple possible soient remerciés du fond du cœur. À la prochaine fois…

Biz

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